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Big Data dans les assurances : entre personnalisation et solidarité

 

Les compagnies d'assurance montrent un vif intérêt pour le big data qui bouleverse l'industrie. Des scientifiques de l'Université de Zurich et de la Haute école spécialisée des Grisons, en collaboration avec le réassureur Swiss Re, ont analysé les défis éthiques et juridiques que pose l'utilisation du big data dans le secteur des assurances.

Portrait / description du projet (projet de recherche terminé)

Dans le cadre du projet qui a duré 30 mois une équipe interdisciplinaire de chercheuses et de chercheurs de l'Université de Zurich et de la Haute école spécialisée des Grisons – en collaboration avec des expert-e-s de Swiss Re – a étudié les aspects éthiques, juridiques et sociétaux de l'utilisation du big data dans les assurances privées. L'équipe d'expert-e-s (éthique, droit, sciences de gestion, psychologie et sociologie) a formulé des recommandations visant à compléter les codes existants par des propositions pertinentes pour le secteur des assurances. Ces recommandations s'appuient sur les connaissances empiriques et théoriques acquises dans le cadre du projet.

Contexte

Depuis la création du secteur de l'assurance, des données précises et pertinentes sont essentielles pour les calculs des risques. Les compagnies d'assurance utilisent déjà de nombreux outils analytiques du big data, tels que l'analyse de la mobilité pour les assurances automobiles, le profilage personnel pour l'évaluation des risques de fraude ou l'autoévaluation dans l'assurance santé. Les compagnies d'assurance cherchent à équilibrer la solidarité, à savoir l'idée de partager les risques auxquels les individus peuvent être confrontés en raison de leurs antécédents personnels et de leur style de vie, avec des politiques d'assurance équitables pour l'individu. Le secteur des assurances représente donc un paradigme pour comprendre l'acceptation sociale du big data et pour analyser comment les lois relatives au respect de la vie privée et aux assurances s'équilibrent grâce aux services rendus par de nombreuses applications issues des Big Data.

Objectif

Les objectifs du projet étaient (1) d'identifier les défis éthiques et juridiques des applications du big data dans le secteur de l'assurance, (2) de déceler les valeurs que les clients considèrent comme étant menacées par l'utilisation du numérique, en mettant l'accent sur la vie privée, l'équité et la solidarité, (3) d'évaluer dans quelle mesure les concepteurs d'applications du big data sont sensibles à ces questions, et (4) de proposer des recommandations pour relever ces défis.

Importance / Application

Les résultats doivent permettre aux décideurs politiques et aux autorités de relever les défis des Big Data que rencontrent les assureurs. Nos recommandations pourraient contribuer à développer une forme d'autorégulation de sorte que le secteur des assurances puisse reconnaître très tôt les applications sensibles d'un point de vue éthique et les adapter en conséquence ou choisir de ne pas les développer. L'objectif du projet est de préparer le terrain aux innovations du big data afin qu'elles soient à la fois justifiées sur le plan éthique et garanties sur le plan juridique.

Résultats

Grâce à l'analyse de documents, de médias, des interviews d'expert-e-s, des analyses juridiques comparatives (Suisse et Californie), des enquêtes et des ateliers de parties prenantes, les résultats suivants ont été obtenus :

  • L'analyse des médias a révélé que le discours public sur le big data est globalement orienté vers les opportunités que recèle cette technologie tout en considérant cependant les risques en la matière; en Suisse plus qu'aux Etats-Unis.
  • L'analyse juridique comparative a montré que la loi suisse sur les assurances ne limite pas la personnalisation des assurances privées et que la loi sur la protection des données n'est pas l'instrument juridique approprié pour déterminer si et dans quelle mesure les compagnies d'assurance doivent être autorisées à personnaliser leurs offres.
  • L'analyse éthique a décelé que le débat éthique s'éloigne des aspects liés à la protection des données concernant la collecte de ces dernières et qu'il s'oriente vers des questions concernant l'utilisation de ces données dans l'apprentissage automatique. Des cadres visant une conception équitable pourraient être nécessaires afin de réduire les risques de réputation relatifs à l'utilisation de l'apprentissage automatique par les assurances.
  • L'enquête a montré que les individus manifestent une résistance à l'utilisation de données dans les assurances dès que ces données semblent sans rapport avec l'objet de l'assurance ; cette résistance est plus forte lorsque les valeurs d'équité, de respect de la vie privée et de solidarité sont considérées comme importantes par ces individus.

Titre original

Between Solidarity and Personalization – Dealing with Ethical and Legal Big Data Challenges in the Insurance Industry

Responsables du projet

  • PD Dr. Markus Christen, Institut für Biomedizinische Ethik und Medizingeschichte (IBME), Universität Zürich
  • Prof. Dr. Florent Thouvenin, Rechtswissenschaftliches Institut, Universität Zürich
  • Prof. Dr. Christian Hauser, Departement Entrepreneurial Management, Hochschule für Technik und Wirtschaft HTW Chur